Lors de l’annonce de sa grossesse, inattendue après un parcours de PMA infructueux, la secrétaire nationale des Écologistes et candidate à la présidentielle, Marine Tondelier, s’est engagée en faveur du DPI-A, soit diagnostic préimplantatoire d’aneuploïdies, dans « un cadre bien défini », comme cela se fait « dans beaucoup d’autres pays européens », notamment la Belgique et l’Espagne. « Cela permettrait d’éviter une forme d’acharnement à implanter des embryons non viables », avait-elle alors déclaré.
Alors que depuis janvier 2026, des consultations citoyennes se déroulent partout en France en vue de la prochaine révision de la loi de bioéthique, prévue pour 2027, l’autorisation du DPI-A est au cœur des débats et la position de Marine Tondelier n’a fait que renforcer l’intérêt autour de cette pratique.
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DPI-A : qu’est-ce que le diagnostic préimplantatoire d’aneuploïdies ?
Le DPI-A est une technique génétique qui pourrait être proposée lors d’un parcours de PMA et qui a pour but d’améliorer les chances d’implantation de l’embryon, puis de viabilité de la grossesse obtenue. Elle consiste en une analyse effectuée sur l’embryon avant l’implantation, de manière à détecter s’il a bien 46 chromosomes ou s’il est aneuploïde – un terme qui désigne une cellule ou un embryon dont le nombre de chromosomes est anormal.
Le DPI-A est, à ce jour, interdit en France, sauf dans la situation où une anomalie responsable d’une maladie gravement invalidante, susceptible d’être à révélation tardive ou pouvant mettre prématurément en jeu le pronostic vital, a été préalablement et précisément identifiée, chez l’un des parents ou l’un de ses ascendants immédiats. Dans tous les cas, le dépistage ne vise aujourd’hui que le risque connu, il ne s’agit pas d’un diagnostic général.
Selon l’Agence de la biomédecine, environ 1 000 demandes de DPI sont déposées chaque année et les deux tiers sont acceptées.
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POUR le DPI-A : « Il faut arrêter d’implanter des embryons qui ne sont pas viables ». Virginie Rio, du collectif BAMP !
Virginie Rio est la cofondatrice et présidente du collectif Bamp !, une association de patients liée à l’assistance médicale à la procréation et de personnes infertiles. Elle milite pour l’autorisation du DPI-A en France, pour des motifs psychologiques, sociologiques et éthiques.
« C’est un sujet que nous défendons avec le collectif depuis près de 13 ans. Aujourd’hui, seul le développement morphologique et cinétique de l’embryon est utilisé avant l’implantation, lors d’un parcours de FIV, ce qui est une technique de sélection insuffisante dans certaines situations, les taux d’accouchement à la suite d’une FIV en témoignent (18,7 % avec une FIV classique, 18,1 % avec une FIV ICSI en 2023). Le DPI-A permettrait de transférer des embryons qui ont un potentiel implantatoire et pourrait éviter à de nombreuses patientes et patients la souffrance d’apprendre par la suite que la grossesse n’est pas viable, que le lourd processus de FIV est un échec ou de faire des fausses couches à répétition.
Notre but n’est pas d’amener une systématisation du diagnostic préimplantatoire pour toutes les FIV, mais de l’autoriser plus largement lorsque c’est pertinent :
- pour les femmes de plus de 35 ans,
- pour les femmes qui ont subi beaucoup d’arrêts de grossesse
- et pour les femmes qui n’ont jamais eu de grossesse malgré des FIV.
Il ne faut pas avoir d’attentes démesurées sur cette pratique : elle ne répare pas les embryons aneuploïdes, mais elle permet de diminuer les risques de fausse couche et donc de réduire le délai pour obtenir une grossesse avec une FIV, ou de changer plus rapidement de technique de PMA ou de projet de vie parentale. Ça éviterait de nombreuses souffrances en remettant de l’éthique dans cette étape du transfert d’embryon en FIV. Il faut arrêter d’implanter des embryons qui ne sont pas viables, parce que, bien sûr, les conséquences physiques et psychologiques des échecs de FIV peuvent être dévastatrices.
On a bon espoir que les lignes bougent au bénéfice des patientes et des patients avec la prochaine révision de la loi de bioéthique. L’Agence de la biomédecine, le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé, de très nombreux médecins, dont le professeur Samir Hamamah, chef du service de biologie de la reproduction du CHU de Montpellier et président du Copil Plan Fertilité, se sont prononcés en faveur de l’autorisation du DPI-A. Mais les blocages politiques sont encore forts et se basent principalement sur des questions morales et religieuses, au prétexte de risques de dérives eugénistes. C’est inadmissible : les patientes et patients devraient pouvoir accepter ou refuser le DPI-A, comme c’est le cas pour le test de dépistage de la trisomie 21.
Autoriser le DPI-A en France, c’est aussi une question d’égalité dans l’accès aux soins, car aujourd’hui, les personnes qui peuvent se le permettent se rendent à l’étranger, tandis que les autres souffrent des échecs de FIV en France. »
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CONTRE le DPI-A : « La technique n’a pas fait ses preuves pour augmenter les chances de grossesse ». Stéphane Viville, biologiste et généticien
Stéphane Viville est biologiste et généticien, responsable de l’unité de génétique de l’infertilité des hôpitaux universitaires de Strasbourg et membre du comité exécutif de la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE). Il se positionne contre la légalisation élargie du DPI-A, en assurant que l’on manque de preuves quant à son efficacité.
« Mes confrères français sont globalement très favorables à la légalisation du DPI-A, ce que je ne m’explique pas, d’autant plus que la technique n’est recommandée ni par la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE), ni par la Société américaine de médecine de la reproduction (SARM). Sur le papier, la méthode est très belle et devrait fonctionner. Le problème, c’est que ça fait 30 ans que le DPI-A est proposé à l’étranger et que la technique n’a pas fait ses preuves. La question est donc, avant toute légalisation plus large : pourquoi le DPI-A n’augmente-t-il pas les chances de grossesse ? Il est possible que la biopsie embryonnaire nécessairement réalisée lors du DPI-A altère le potentiel de développement de l’embryon. Mais nous n’avons, à ce jour, pas assez d’études se penchant sur ce sujet.
Par ailleurs, le coût du DPI-A est considérable, équivalent à celui d’une FIV. Or, réaliser deux FIV présente plus de chances de grossesse que réaliser une FIV avec DPI-A. La question économique aussi est importante en France : va-t-on rembourser un soin dont l’efficacité n’est pas suffisamment démontrée ? Aux États-Unis, où le recours au DPI-A est possible sans raison médicale, mais payant pour les patients, deux sociétés de tests génétiques sont d’ailleurs poursuivies car, selon l’avocate des plaignantes, les sociétés « ont commercialisé le DPI-A en avançant des affirmations sur sa précision, son efficacité et l’amélioration des résultats de la FIV, qui n’étaient pas suffisamment étayées par la recherche scientifique et la validation clinique ».
Pour moi, il vaudrait mieux mettre l’accent lors de la prochaine révision de la loi de bioéthique sur les tests préconceptionnels, c’est-à-dire le diagnostic d’éventuelles anomalies génétiques chez les futurs parents, ce qui est proposé, par exemple, en Australie. »
