Jan 30, 2026 | Les Premiers Moments

Notch utérin : ce qu’il faut savoir sur ce signe surveillé pendant la grossesse

Le notch utérin est un terme pour le moins méconnu des femmes enceintes, qui n’en entendent généralement parler qu’en cas de suspicion de retard de croissance intra-utérin (RCIU) chez le futur bébé. Très vite, on peut alors être paniquée et penser au pire. Le Professeur Nicolas Sananès nous explique ce terme et ce qu’il implique.

Le flux des artères utérines visible au Doppler

Lors d’une échographie, qu’il s’agisse d’une échographie de grossesse ou de toute autre échographie, le mode Doppler permet de savoir la vitesse du flux sanguin ainsi que son sens. L’échographie Doppler, ou écho-Doppler, est basée sur un phénomène physique des ultrasons : l’effet Doppler.

« Avec cette technique échographique, on étudie le spectre des artères utérines, C’est-à-dire la façon dont le sang circule dans les artères qui alimentent l’utérus en oxygène », résume le Dr Nicolas Sananès, gynécologue-obstétricien et membre de la Commission d’échographie du Collège national des gynécologues obstétriciens (CNGOF).

En dehors de la grossesse, ainsi qu’au début de celle-ci, les artères utérines ont une résistance élevée, c’est-à-dire qu’elles sont assez dures, en quelque sorte. Mais au fil de la grossesse, les artères vascularisant l’utérus vont se ramollir, de façon à augmenter et faciliter les échanges entre maman et bébé, et ce ramollissement peut être observé via l’écho Doppler.

Qu’est-ce qu’un notch utérin ?

« Sur une écho Doppler des artères utérines, on observe comme un pic, qui correspond à la vitesse du flux au moment où le cœur pousse le sang dans les artères. C’est ce qu’on appelle la systole ventriculaire », nous détaille le Pr Sananès. « Puis lorsque le cœur se remplit de sang, le sang continue à avancer dans les artères, mais un peu moins vite. C’est la diastole. Et plus il y a une différence entre ces deux phases, plus l’artère est résistante », poursuit le spécialiste.

Et c’est là qu’intervient le notch, terme anglais qui signifie incisure. « Juste après le premier pic, avant de revenir sur quelque chose d’un peu plus plat, on constate sur la courbe une petite incisure vers le bas, qui correspond à un petit coup d’arrêt juste après la poussée du cœur », détaille encore le gynécologue-obstétricien. « Cette incisure-là est le reflet de la résistivité des artères ».

Et si au premier trimestre, la présence de notch utérin n’a rien d’anormal, au-delà du deuxième trimestre, les artères sont censées être moins résistantes, et le notch disparaît el plus souvent, au moins d’un côté. Il faut garder en tête que la recherche d’un notch est une façon d’explorer la résistivité des artères de l’utérus mais, comme tout signe en médecine, la présence d’un notch ne signifie pas forcément qu’il y a un problème.

Bébé de petit poids ou RCIU : les indications à rechercher un notch

Mais « ce qui est important, c’est de savoir dans quelle situation on recherche un notch », souligne le spécialiste. « En règle générale, on ne recommande pas de faire cette mesure-là en situation de dépistage », ajoute-t-il. L’observation de la persistance ou non d’un notch utérin est en revanche indiquée en cas de suspicion de retard de croissance intra-utérin, ou de bébé de petit poids au regard de son âge gestationnel.

« La question est de savoir à quoi est dû le petit poids pour l’âge gestationnel », nous explique le Pr Sananès. Trois situations sont alors à distinguer :

  • il se peut que le futur bébé ait un petit poids mais qu’il aille bien par ailleurs : « ce n’est pas une anomalie en soi d’avoir un petit poids, et ce n’est même pas forcément un symptôme. On explore cependant plus cette situation, car la concentration d’anomalies y est plus importante », indique le spécialiste ;
  • il peut y avoir une anomalie chromosomique, par exemple la trisomie 21 : « il s’agit alors de vérifier s’il y a ou non d’autres anomalies au niveau des organes (malformations), et une amniocentèse peut être indiquée » ;
  • il peut s’agir d’un dysfonctionnement du placenta : « Bébé a alors un petit poids non pas parce que c’est sa constitution, non pas du fait d’une anomalie chromosomique, mais parce que le placenta ne fonctionne pas bien. Bébé est alors en restriction de croissance ».

Plusieurs éléments sont alors scrutés par le gynécologue-obstétricien pour un diagnostic en faveur de l’une de ces trois situations : la quantité de liquide amniotique est scrutée (un bébé en restriction de croissance urine peu, donc est entouré de peu de liquide amniotique), la cinétique de croissance est observée (le bébé suit-il sa courbe ou a-t-il changé de courbe ?), et la présence d’un notch utérin persistant est recherchée. « Si l’on voit que le futur bébé est de petit poids et que par ailleurs les artères utérines sont très résistantes avec des notchs, c’est un argument pour dire que c’est le placenta qui ne fonctionne pas assez bien », précise le Pr Sananès.

Notch persistant ou RCIU : plusieurs causes possibles

Même si le notch n’est pas forcément un signe qui indique que les artères utérines sont trop résistantes, le problème initial est supposé être une mauvaise invasion trophoblastique, c’est-à-dire en quelque sorte une mauvaise intégration du placenta. « Les causes de cette dysfonction placentaire sont multifactorielles (âge, hypertension artérielle préexistante, tabac, …) et relèvent de mécanismes complexes notamment immunologiques et inflammatoires », nous précise le Pr Sananès.

Un paramètre parmi d’autres

« Les notchs, comme d’autres paramètres, peuvent être des signes qui permettent d’essayer de comprendre s’il y a une dysfonction placentaire, dans le cas d’un retard de croissance », nuance le Pr Sananès. Aussi, « il ne faut pas s’inquiéter inutilement, car ces paramètres pris isolément ne sont pas très prédictifs, parce qu’ils ne sont pas discriminants », poursuit le spécialiste. Ainsi, les artères utérines peuvent être d’aspect pathologique, alors que tout va bien, comme elles peuvent être normales alors qu’il y a tout de même un retard de croissance ou une hypertension gravidique. Notch ne veut pas forcément dire RCIU, comme RCIU ne veut pas nécessairement dire notch associé.

Quel traitement ?

Notons enfin qu’il n’existe pas de traitement pour le notch utérin. Si la croissance du futur bébé est normale et ne suscite pas d’inquiétude, il n’y a rien de particulier à mettre en place contre le notch. En revanche, si le notch est associé à un retard de croissance intra-utérin, et/ou à une hypertension de grossesse, la prise en charge dépend du terme de la grossesse. L’enjeu étant de garder bébé « au chaud » tant que cela lui est profitable, quitte à déclencher l’accouchement si ça n’est plus le cas, car un RCIU sévère présente potentiellement des risques importants pour la santé du bébé. De la même manière, on peut être amené à anticiper l’accouchement si l’état de santé de la mère est mis en péril par un problème d’hypertension.


Sources