Près d’un couple sur huit est touché par une infertilité en France, selon la Fondation pour la Recherche Médicale. Certains parents d’un ou de plusieurs enfants peuvent également avoir des difficultés à débuter une nouvelle grossesse. On parle alors d’infertilité secondaire.
Infertilité secondaire : « La PMA a été moins une souffrance que les années d’attente »
Après leur premier bébé, Maud Bettina-Marie, auteure du livre T’attendre : quand le désir de grossesse se transforme en obsession (éd. First Éditions)*, et son compagnon ont peiné à avoir leur deuxième enfant. « Avant mon premier fils, j’ai fait une première fausse couche puis je l’ai eu naturellement, sachant que j’ai découvert que j’étais atteinte d’endométriose un mois avant d’être au courant pour cette deuxième grossesse. Trois mois après la naissance de mon fils, je suis retombée enceinte par surprise, mais on a malheureusement reperdu ce bébé. À ce moment-là, on ne désirait pas spécialement un deuxième enfant. On a vécu une grande frustration lorsqu’on a tenté une nouvelle grossesse, sans y parvenir naturellement », relate la jeune femme.
Pendant deux ans et demi, le couple a essayé d’avoir ce deuxième enfant naturellement avant de songer à la procréation médicalement assistée (PMA). À la clinique spécialisée dans la fertilité, le diagnostic tombe : une infertilité inexpliquée, sans cause médicale identifiable.
Le couple a donc eu recours à une fécondation in vitro (FIV). Au bout de cinq mois, ils ont appris qu’ils attendaient leur deuxième bébé. « On a très bien vécu cette étape. Pour nous, c’était moins une souffrance que les années d’attente. On s’est aussi sentis moins seuls grâce à l’accompagnement médical. Le choix du professionnel de santé est primordial pour bien vivre la PMA. Bien que je n’en aie pas bénéficié, il est également possible d’avoir recours à un soutien psychologique durant ce parcours », témoigne Maud Bettina-Marie.
« Si on reste à trois, je serai heureux. Et si on est quatre, ce sera formidable »
Il existe très peu de témoignages ou de littérature autour de l’infertilité secondaire. Comme elle ne trouvait rien qui raisonnait avec son histoire, Maud Bettina-Marie a décidé de réaliser un livre sur une femme qui écrit à son futur bébé qui tarde à arriver. « Sauf que je ne suis pas tombée enceinte pendant l’écriture et j’ai dû inventer la fin. J’ai tellement souffert de cette attente que ce livre m’a permis de libérer la parole sur cette infertilité et d’y apporter un peu d’humour. À sa publication, j’ai reçu des centaines de messages, que je partage régulièrement sur les réseaux sociaux, de femmes qui ont été dans la même situation. J’ai l’impression que ce livre a résonné chez beaucoup d’entre elles », raconte-t-elle.
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L’entourage a parfois du mal à comprendre la peine liée à l’attente d’un bébé, surtout lorsqu’un couple a déjà eu des enfants auparavant. Contrairement à l’héroïne de son livre, Maud Bettina-Marie n’a reçu aucune pression de la part de ses proches. Son compagnon lui a d’ailleurs apporté un soutien sans faille. « Il m’a répété plusieurs fois : « Je suis très heureux avec un premier enfant. Si on reste à trois, je serai heureux. Et si on est quatre, ce sera formidable. Sa présence et son écoute ont été indispensables pour faire face à cette souffrance, qui est souvent minimisée. Et lorsque l’on ne sait pas quoi dire, mieux vaut parfois se taire, être présent, plutôt que de chercher à répondre à tout prix. C’est une expérience difficile à comprendre pour quelqu’un qui n’a jamais traversé ce parcours. Une personne qui ne souhaite pas avoir d’enfant peut avoir des difficultés à se projeter. Mais même quelqu’un qui a déjà eu des enfants peut avoir du mal à mesurer ce que cela représente. Ce sont des parcours profondément éprouvants, singuliers et souvent incompris », souligne la jeune femme.
« Comme j’avais déjà un petit garçon, je culpabilisais énormément de ressentir cette souffrance »
Derrière l’attente d’un deuxième enfant se cache parfois une double peine, difficile à nommer. « Comme j’avais déjà un petit garçon, je culpabilisais énormément de ressentir cette souffrance. Je me demandais : ‘quelle est sa légitimité’ ? À chaque cycle, mon monde s’effondrait à nouveau, mais c’était très difficile à exprimer. Le plus fou c’est qu’à l’arrivée de l’enfant, on oublie tout, alors que cette attente est très éprouvante », évoque l’auteure.
L’attente d’un bébé peut parfois devenir une véritable obsession, au point d’éclipser ce que l’on a déjà. « En l’occurrence, j’avais déjà un petit garçon, donc je me raccrochais énormément à lui et à son amour. Mais lorsqu’on a un couple solide, une famille bienveillante, un métier que l’on aime ou de très bons amis, il est important de se raccrocher aussi à tout ce positif déjà présent. On a tendance à l’oublier, alors qu’il est essentiel de garder cette joie malgré l’absence », conclut Maud Bettina-Marie.
Infos pratiques :
*Le livre T’attendre : quand le désir de grossesse se transforme en obsession est disponible en librairie au prix de 17,95 €.
© Maud Bettina-Marie
