Mar 27, 2026 | Les Premiers Moments

Grossesse et sang dans les selles : quand faut-il s’inquiéter ?

La grossesse est connue comme une période « à risque » de constipation et d’hémorroïdes, ou plutôt de crise hémorroïdaire. Ce qui peut se traduire par des traces de sang dans la cuvette et/ou sur le papier toilette lorsque l’on s’essuie. Mais les hémorroïdes ne sont pas la seule cause de sang dans les selles chez la femme enceinte, ni même la principale.

Rectorragies, saignements de l’anus, du rectum : de quoi parle-t-on ?

Il importe tout d’abord de préciser de quoi il est ici question. Si le terme rectorragie évoque du sang dans les selles, il désigne en fait du sang au niveau du rectum. Or, lorsqu’un saignement est visible au niveau de l’anus, « ce peut être une rectorragie, s’il y a un saignement au niveau du rectum, mais ce peut aussi être une anoragie, désignant une émission de sang par l’anus », détaille le Pr Laurent Abramowitz, proctologue à l’Hôpital Bichat-Claude Bernard (Paris XVIIIe).

Douleurs à l’anus, hémorroïdes : des saignements qu’il ne faut pas banaliser

Avant d’entrer dans les détails des causes de ces saignements, le Pr Abramowitz insiste sur le fait que des saignements lors de l’émission de selles ne doivent jamais être banalisés.

Face à de tels saignements, il est bon de s’interroger, et de noter les éventuels désagréments qui les accompagnent : y a-t-il une douleur ? Est-ce une douleur à l’émission des selles ou une douleur qui subsiste, comme un sentiment de déchirure ? Sent-on une boule au niveau de l’anus, au toucher lorsque l’on s’essuie ? Tous ces éléments seront importants pour aider à poser un diagnostic, l’idée étant de consulter sans trop tarder, a fortiori si ces saignements ne sont pas occasionnels mais récurrents, afin d’éviter que cela ne s’aggrave.

Pourquoi ai-je du sang dans les selles pendant la grossesse ?

Il y a deux principales causes de saignements lors de l’émission de selles durant la grossesse : la fissure anale, et la crise hémorroïdaire, plus communément appelée hémorroïdes.

La fissure anale

« Beaucoup de femmes sont constipées, et a fortiori durant la grossesse (du fait des modifications hormonales, N.D.L.R.) », souligne le proctologue. « Cette constipation va se traduire par des selles plus volumineuses et plus dures, de “gros boudins” qui peuvent, en sortant, déchirer l’anus », prévient le spécialiste. Ainsi, cette constipation de grossesse n’est pas uniquement associée à des hémorroïdes. « En présence d’une sensation de déchirure à l’émission de selles, de douleurs, de picotements, il faut davantage penser à une fissure anale qu’à des hémorroïdes », indique ainsi le Pr Laurent Abramowitz. De tels symptômes doivent inviter à consulter, sachant que le médecin traitant ou le gynécologue-obstétricien est tout à fait à même de poser le diagnostic. « Il faut se faire examiner, et n’importe quel praticien doit pouvoir écarter la marge anale entre les deux pouces, doucement, et voir justement s’il y a une fissure, au niveau de la marge anale. Il n’y a pas besoin d’un matériel compliqué », assure le proctologue. De sorte que le médecin pourra prescrire une crème adéquate, afin que la fissure ne se complique pas et ne s’infecte pas.

Les hémorroïdes chez la femme enceinte

Avant d’évoquer le cas particulier de la grossesse, il faut savoir que « nous avons tous des hémorroïdes », nous révèle le Pr Abramowitz. Simplement, ces hémorroïdes, qui sont des formations veineuses et artérielles situées au niveau de l’anus, sont pathologiques chez certains, et indolores et asymptomatiques chez d’autres. « Ces hémorroïdes, présentes chez toutes et tous, il en existe deux types : des hémorroïdes internes, dans le canal anal, et des hémorroïdes externes, au niveau de la marge anale », détaille le proctologue.

« Le plus souvent, la femme enceinte souffre d’hémorroïdes externes, on parle de thrombose hémorroïdaire externe. C’est aussi ce qu’on appelle une crise hémorroïdaire. C’est un caillot, plus ou moins gros, qui forme comme une boule au niveau de l’anus, boule qui est plus ou moins œdématiée du fait de l’inflammation », décrit le spécialiste. « Chez la femme enceinte, cela survient généralement du fait d’une constipation, avec une forte poussée pour exonérer les selles, et un temps long sur les toilettes. Ça peut aussi survenir en post-partum, après un accouchement un peu difficile où la femme a dû beaucoup pousser », ajoute-t-il.

Et lorsqu’il s’érode, et qu’il s’ouvre, le caillot peut s’extérioriser et engendrer des saignements.

Les examens possibles pour poser un diagnostic

Si les saignements persistent malgré les mesures hygiénodiététiques et l’application d’une crème anti-hémorroïdes ou contre la fissure anale, il est judicieux de reconsulter. Une anuscopie ou une rectoscopie, c’est-à-dire l’examen de l’intérieur de l’anus ou du rectum, est possible durant la grossesse, et pourra mettre en évidence une autre cause de saignement, au niveau des hémorroïdes internes ou en amont de l’anus.

Si une coloscopie semble indiquée, elle sera, hors cas d’urgence, réservée à l’après-grossesse (post-partum). Cet examen s’effectuant sous anesthésie générale, il est d’usage d’attendre que la grossesse soit terminée pour l’entreprendre.

La lutte contre la constipation : conseils et remèdes naturels

La femme enceinte est surtout sujette à la constipation. Les hormones ont tendance à freiner le transit intestinal, à rendre le transit un peu plus paresseux.

Or, la constipation peut s’associer à l’émission de selles dures, de selles de gros calibre et d’avoir besoin de pousser pour exonérer ces selles, ce qui augmente le risque de crise hémorroïdaire et de fissure anale. La lutte contre la constipation est donc cruciale en termes de bien-être digestif durant la grossesse.

Aussi, la femme enceinte a tout intérêt à adopter les conseils usuels pour favoriser des selles moulées, ni trop molles ni trop dures :

  • boire suffisamment d’eau (1,5 litre par jour au moins) ;
  • enrichir son alimentation en fibres, via la consommation de fruits et légumes, mais aussi et surtout de fruits secs et oléagineux (pruneaux, amandes, etc.) et de légumineuses ;
  • avoir recours ponctuellement aux laxatifs osmotiques (macrogol) en cas de besoin, lesquels sont pleinement compatibles avec la grossesse, sur avis médical.

Notons que du côté des remèdes naturels, les mucilages, tels que le psyllium, peuvent aussi être un bon moyen d’apporter des fibres à l’alimentation. Les graines de lin ou de chia peuvent aussi aider. Ces graines participent à un meilleur transit en augmentant le volume des selles, grâce à leur capacité à gonfler et former une structure gélatineuse au contact de l’eau.


Sources