
L’endométriose est une maladie gynécologique chronique caractérisée par la présence, hors de la cavité utérine, de tissu semblable à l’endomètre (ou muqueuse utérine), à l’extérieur de la cavité utérine. Les femmes atteintes peuvent ainsi avoir des lésions sur les ovaires, sur les trompes, sur la vessie, le rectum, etc. Chaque mois, ces lésions se comportent comme la muqueuse utérine, se développant et saignant au gré du cycle menstruel, engendrant des phénomènes inflammatoires et douleurs durant les règles, voire à l’ovulation ou au quotidien. Plusieurs pistes sont étudiées pour faciliter le diagnostic, dont celle d’une simple prise de sang.
Diagnostic d’endométriose : pas de biomarqueurs sanguins validés à ce jour
Hélas, à ce jour, « il n’y a pas de biomarqueurs sanguins qui soient validés pour un diagnostic d’endométriose », nous indique le Dr Chadi Yazbeck, gynécologue obstétricien et membre du Conseil scientifique et pluridisciplinaire de l’association EndoFrance, première association de lutte contre l’endométriose.
Il y a bien des marqueurs sanguins qui sont augmentés en cas d’endométriose. C’est le cas notamment du CA 125 (antigène carbohydrate 125). On le décrit souvent comme un marqueur tumoral, scruté dans la surveillance de certains cancers, mais il peut aussi être fortement augmenté en présence d’une endométriose. Cela dit, il n’est pas spécifique de l’endométriose, autrement dit la présence d’un taux de CA-125 élevé peut aussi bien être liée à une endométriose qu’à une autre maladie gynécologique (fibrome, cancer de l’ovaire, kyste ovarien etc.) ou non gynécologique (inflammation, cancer du pancréas, de l’estomac…). On peut donc dire qu’il s’agit d’un biomarqueur non spécifique de l’endométriose, et on ne peut donc pas se baser uniquement sur son dosage en vue d’un diagnostic. Tout au plus peut-il « contribuer à l’orientation diagnostique, au regard d’autres indices et indicateurs, tels que l’examen clinique, et les symptômes évoqués », précise le spécialiste.
Quels sont les marqueurs sanguins à l’étude ?
Hormis l’EndoTest, qui est un test salivaire en cours de validation, identifiant des marqueurs de l’endométriose dans la salive, le reste est encore du domaine de la recherche, nous indique le Dr Yazbeck. « Plusieurs équipes travaillent sur les micro-ARN, des cytokines (protéines du système immunitaire, NDLR), des facteurs de croissance… », liste le spécialiste, précisant que ces facteurs ne sont pas forcément très spécifiques de l’endométriose. Il n’est pas exclu d’ailleurs qu’il faille plusieurs biomarqueurs non spécifiques pour parvenir à un diagnostic par prise de sang qui soit spécifique à l’endométriose. « Peut-être qu’on y arrivera un jour, mais actuellement, il n’y a pas de biomarqueur sanguin spécifique identifié », résume le Dr Yazbeck.
IRM, échographie : quel examen permet de savoir si l’on a une endométriose ?
Echographie pelvienne et IRM sont les deux examens d’imagerie dits de référence lorsqu’il s’agit de diagnostiquer une endométriose. Un progrès déjà majeur, quand on sait qu’il fallait jadis une chirurgie par coelioscopie (ou laparoscopie) pour observer les lésions in vivo et poser le diagnostic avec certitude.
L’échographie, a fortiori lorsqu’elle est réalisée par un(e) radiologue formé à la maladie, peut suffire à mettre en évidence des lésions, là où l’IRM permet d’affiner l’étendue et les localisations des lésions. De sorte que, dans les centres spécialisés, les radiologues sont à même d’identifier de petites lésions au stade précoce, en cas d’endométriose débutante.
« Il ne faut pas négliger l’interrogatoire et l’examen clinique », ajoute le gynécologue-obstétricien : symptômes évocateurs, douleurs évocatrices à la palpation, antécédents de douleur lors des premières règles, avant la prise de la pilule… « Souvent, des patientes jusqu’alors sans symptôme particulier et sous pilule depuis longtemps viennent consulter car, en arrêtant la pilule, des symptômes très évocateurs apparaissent », décrit le spécialiste, qui encourage les femmes dans une telle situation à consulter rapidement, pour éviter tout retard de diagnostic. Car en cas d’endométriose, il s’agit en quelque sorte d’une course contre la montre : chaque cycle peut favoriser une évolution des lésions, tandis que l’âge qui avance réduit progressivement et subrepticement les chances de grossesse par cycle.
Le sang menstruel : une autre piste à l’étude
Enfin, il faut savoir que si la piste de biomarqueurs sanguins est encore à l’étude et très incertaine, une autre piste, potentiellement plus prometteuse, intéresse la communauté scientifique. Il s’agit de biomarqueurs, présents non pas dans la circulation sanguine générale, mais dans le sang menstruel.
En effet, une des hypothèses concernant l’endométriose est que les femmes atteintes n’auraient pas tout à fait le « même » endomètre que les autres. Suivant la thèse du flux rétrograde, à savoir le fait que le flux menstruel reflue dans les trompes et jusque dans la cavité abdominale, cette hypothèse suggère que les fragments de flux menstruel des femmes endométriosiques resteraient là où elles migrent, car le système immunitaire n’arriverait pas à les éliminer.
Des chercheurs et chercheuses s’attèlent ainsi à récolter du sang menstruel – de femmes atteintes d’endométriose et de femmes non atteintes-, afin de comparer les échantillons et d’en extraire des différences. De sorte qu’il serait peut-être possible de diagnostiquer une endométriose chez une femme via l’analyse de son sang menstruel. Mais là encore, les recherches n’en sont qu’à leurs balbutiements.
