Sep 18, 2026 | Les Premiers Moments

Artère ombilicale unique : définition, fréquence, risques et suivi de grossesse

Plusieurs pathologies, troubles et autres particularités peuvent affecter le cordon ombilical. On peut notamment citer le nœud de cordon, heureusement très rare, la circulaire de cordon, ou encore la procidence du cordon lors de l’accouchement. La particularité qui nous intéresse ici est l’artère ombilicale unique, qui désigne, comme le suggère son nom, un cordon avec une seule artère.

Rappel : l’anatomie d’un cordon ombilical normal

Pour bien comprendre cette particularité, un petit point anatomique sur le cordon ombilical « normal » s’impose. « Le cordon ombilical, c’est un peu la ligne de vie du bébé, qui le relie au placenta, et donc par extension à la maman. Il est composé de deux artères et d’une veine, et ces trois vaisseaux sont entourés d’une espèce de gel, une gelée, qu’on appelle la gelée de Wharton, et qui protège le cordon ombilical des compressions », nous explique le Dr Pierre Macé, gynécologue-obstétricien au centre échographique IMAGE2 à Marseille, connu sur Instagram via le compte @the_fetus_observer.

Au sein d’un cordon ombilical normal, deux artères évacuent le sang utilisé par le bébé, empli de « déchets », vers le placenta, pour qu’il y soit filtré. Et une veine part du placenta pour aller jusqu’au fœtus et lui apporter le sang oxygéné et alimenté en nutriments. Soit l’inverse de notre circulation sanguine, où le sang « neuf » et oxygéné circule dans les artères, tandis que le sang pauvre en oxygène circule dans les veines.

Ici, dans le cas d’un cordon ombilical avec une artère ombilicale unique, il n’y a donc pas deux mais une seule artère qui ramène le sang pauvre en oxygène et chargé de déchets du fœtus vers le placenta. Cela ne signifie pas pour autant que moins de sang circule du fœtus vers le placenta : l’artère restante est généralement capable de s’adapter et d’assurer à elle seule une grande partie du débit sanguin habituel.

Une particularité ou une malformation ?

« Selon les chiffres, cette particularité concerne 0,5 à 1 % des grossesses, soit un risque sur 100, un risque sur 200 », estime le Dr Pierre Macé.

Car on parle bien de particularité, ou de variation anatomique, plutôt que de malformation. D’une part parce que c’est moins anxiogène, et d’autre part parce que la présence d’une artère ombilicale unique n’est pas forcément un problème en soi. Quant au mécanisme exact aboutissant à cette particularité, il n’est pas connu très précisément : il pourrait s’agir d’un problème de développement d’une des deux artères, ou d’une régression très précoce d’une d’elles, possiblement du fait d’une mauvaise alimentation en sang, puisqu’« un vaisseau sanguin peu ou pas perfusé va avoir tendance à régresser », nous détaille le spécialiste. Le Dr Macé précise qu’il s’agit en tous les cas d’un événement qui survient au stade embryonnaire, soit au tout début de la grossesse, et qui n’est en rien lié à ce que la future maman peut faire, ne pas faire, manger ou ne pas manger. Inutile donc de se culpabiliser, l’artère ombilicale unique n’apparaît a priori pas du fait de la mère.

Pourquoi le caractère isolé ou non est important

L’artère ombilicale unique est généralement diagnostiquée lors de l’échographie morphologique du deuxième trimestre, réalisée entre 20 et 24 semaines d’aménorrhée (SA).

Mais une fois cette artère ombilicale unique mise en évidence, le gynécologue-obstétricien ou la sage-femme va se pencher sur le caractère isolé ou non de cette particularité. Autrement dit, est-elle oui ou non associée à d’autres indicateurs, d’autres phénomènes, tels qu’une ou plusieurs malformations congénitales associées, ou un petit poids du bébé ?

« Si c’est quelque chose de strictement isolé, c’est-à-dire que rien d’autre n’est apparu à l’issue d’un examen échographique un peu plus détaillé, on estimera qu’il s’agit d’une artère ombilicale isolée », détaille le spécialiste.

L’artère ombilicale unique est associée à une autre particularité dans 10 à 20 % des cas, selon le Dr Macé. Celle qui arrive en tête est une malformation cardiaque, suivie par une anomalie urinaire et/ou génitale (reins, vessie, organes génitaux), et, en troisième position, par des anomalies digestives.

Pour autant, le Dr Macé rassure : « cela ne veut pas dire qu’il s’agit de graves anomalies. Ce peut être, au niveau du cœur, une petite communication sans gravité entre deux cavités cardiaques, tandis qu’au niveau rénal, ce peut être une légère dilatation ». Tout cela sera observé méticuleusement lors d’une échographie morphologique approfondie faisant suite à la découverte d’une artère ombilicale unique.

Enfin, si la majorité des fœtus avec un cordon ayant une artère ombilicale unique ont une croissance parfaitement normale, cette particularité augmente par deux le risque de petit bébé pour son âge gestationnel (in fine, de petit poids de naissance).

La conduite à tenir en cas de retard de croissance

Qu’il y ait artère ombilicale unique ou non, la croissance du fœtus est observée à la loupe lors des échographies de suivi de grossesse.

« Et, si au troisième trimestre, on constate que la croissance du futur bébé a visiblement ralenti, ou que l’on se retrouve un peu “bas” au niveau des courbes de croissance, une surveillance un peu plus rapprochée de la croissance fœtale sera mise en place en fin de grossesse », rassure le gynécologue. « L’idée étant de bien repérer les bébés qui requièrent réellement une surveillance supplémentaire, sans rajouter d’examens inutiles et anxiogènes. Il s’agit de trouver un juste milieu », explique le Dr Macé.

Lorsqu’un bébé est estimé petit, l’objectif est notamment de déterminer s’il est simplement constitutionnellement petit, tout en allant parfaitement bien, ou s’il existe un véritable ralentissement de sa croissance : le Retard de croissance intra utérin (RCIU). L’échographie permet alors de suivre l’évolution de sa croissance et d’étudier la circulation sanguine grâce au Doppler.

Avec en tête le fait qu’il faut que le bébé naisse au bon moment : un petit poids de bébé ne signifie pas nécessairement qu’un accouchement plus précoce sera nécessaire, mais si le retard de croissance est jugé trop important, faire naître le bébé un peu plus tôt que le terme prévu peut être envisagé. « Le but de surveiller ces petits bébés, c’est de s’assurer qu’en fin de grossesse, ils aient tout ce qu’il leur faut pour grossir correctement, parce qu’en fin de grossesse, les bébés ont besoin d’énormément d’apports », note le spécialiste.

Tout ceci est donc surveillé afin de faire en sorte que la grossesse se déroule pour le mieux et que le bébé en tire le meilleur parti. En gardant en tête que, dans la majorité des cas, la présence d’une artère ombilicale unique est sans conséquence pour le fœtus.

Enfin, précisons que l’artère ombilicale unique n’a pas d’incidence sur le mode d’accouchement : l’accouchement par voie basse est tout à fait possible.