Avr 24, 2026 | Les Premiers Moments

Natalité en baisse : voici pourquoi de plus en plus de couples rencontrent des difficultés pour avoir un enfant

645 000 naissances pour 651 000 décès : l’année 2025 est la première en France depuis la Seconde Guerre mondiale avec un solde naturel négatif. Et l’année 2026 ne semble pas s’engager vers un changement de dynamique : en janvier et février, le nombre de naissances quotidiennes a diminué de 1,5 % par rapport aux deux premiers mois de l’année 2025.

Comment faire la part des choses entre les différentes raisons qui pourraient expliquer cette baisse de la natalité ? Infertilité, difficultés financières, peur de l’avenir… Quelles sont les raisons majeures ? Le professeur de gynécologie obstétrique Yves Ville, exerçant à l’Hôpital Necker – Enfants Malades, à Paris, a mené une étude sur les mythes et réalités de la natalité en France, publiée en juillet 2025. Et selon lui, l’infertilité n’est pas l’enjeu principal de la chute de la natalité.

Baisse de la natalité : l’infertilité est-elle en cause ?

Des facteurs multiples

En 50 ans, le nombre de naissances a diminué de 25 % en France : le nombre de naissances est passé de 888 000 en 1973 à 663 000 en 2024. Dans un avis publié en avril 2025, le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) a analysé les déterminants de la baisse de la natalité et de la fertilité. Celui-ci relève des « mutations profondes » sur le plan sociétal et économique, notamment l’évolution des trajectoires de vie, la redéfinition des rôles au sein de la famille et du travail, ainsi que la précarisation accrue des jeunes générations. Des facteurs qui influent sur le choix – et la possibilité – d’avoir des enfants.

« 17 à 20 % des Français consultent pour des motifs d’infertilité, ce qui représente un taux relativement stable », constate Yves Ville. Si l’infertilité n’est pas en augmentation, ce sont bien des questions d’ordre économico-sociales qui amènent les couples en âge de procréer à repousser leur désir d’enfant, ou à choisir de ne pas avoir d’enfant.

Une sécurité financière retardée

Parmi les enjeux qui préoccupent les couples, la baisse du pouvoir d’achat occupe une place centrale. Avec, en premier lieu, la hausse du coût du logement, avec un prix du mètre carré qui s’envole depuis plusieurs années. Un critère essentiel quand on souhaite agrandir la famille. Mais les questions de prix à la consommation et de coût de l’énergie ont également une influence sur la réalisation du désir d’enfant.

D’après les données de l’Insee, entre 2007 et 2018, le pouvoir d’achat des ménages avait déjà baissé de 0,9 %. Or il est estimé que le coût moyen d’un enfant dans ses premières années de vie est d’environ 500 euros mensuels. De nombreux couples attendent donc d’obtenir la stabilité immobilière et économique voulue pour se lancer dans leur projet bébé, ce qui arrive, de plus en plus, à 30 ans passés.

« On remarque que les femmes qui ont le moins d’enfants aujourd’hui, en France, sont celles avec un salaire moyen, qui choisissent d’atteindre un levier supérieur de leur carrière avant d’avoir un enfant, a contrario des femmes avec un faible salaire. Mais elles ne bénéficient pas pour autant de la sécurité des femmes avec un salaire élevé et repoussent donc leurs projets de grossesse », indique Yves Ville.

L’âge, premier facteur d’infertilité

S’il est primordial de préserver la possibilité de choisir des femmes, il faut aussi avoir conscience que, à plus de 30 ans, toute grossesse différée risque de ne pas advenir. « Le facteur numéro 1 d’infertilité, c’est l’âge, déclare Yves Ville. L’environnement, telle que l’exposition aux perturbateurs endocriniens, ou l’hygiène de vie, à l’instar du poids ou de la consommation d’alcool, ont des effets à la marge. »

Le risque moyen de ne pas pouvoir avoir d’enfant croît rapidement : s’il est de 4 % à 20 ans, il passe à 14 % à 35 ans, 35 % à 40 ans et près de 80 % à 45 ans. En 2023 en France, l’âge moyen de la mère lors de la naissance de son premier enfant était de 29,1 ans en moyenne, contre 24 ans en 1974. Même avec un parcours de PMA, il n’est pas possible de lutter contre le passage du temps et les risques d’une grossesse tardive, la mortalité maternelle et périnatale étant de plus en plus importante.

Pour une reprise de la natalité : mieux aider les futurs parents

Favoriser la parentalité

Le médecin appelle, en conséquence, à une pérennité des politiques publiques favorables à la natalité, afin de permettre aux éventuels futurs parents de se projeter dans la durée. « En 2020, nous étions dans le top 3 en Europe en parts du PIB consacrées à la famille, alors que nous sommes désormais aux alentours de la quinzième place. Même si les individus sont informés, les dynamiques de restriction ne permettent pas d’envisager sereinement la parentalité, que ce soit face à la fermeture de maternités ou de classes dans les écoles », alerte-t-il.

Raccourcir les délais pour la PMA

Outre les freins à la natalité, il est parfois difficile d’accéder aux soins en cas d’infertilité. Le rapport sur les causes d’infertilité présenté par le professeur Samir Hamamah, chef de service de biologie de la reproduction du CHU de Montpellier, et Salomé Berlioux, présidente de l’association Chemins d’avenir, en février 2022, détaille ainsi les risques d’errance diagnostique, inégale en fonction des régions. Les délais d’accès aux parcours de PMA sont, en outre, extrêmement longs.